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Commentaires sur la chanson comme représentation de l'actualité

par Julien Gruel

Il nous paraît nécessaire de songer à ces innombrables chansons qui nous ont échappé. Ces " bouts d’histoires ", instants d’une époque, qui ont, elles aussi, participé à cette description du monde.

Car la chanson reste cette prise de paroles d’un instant. Cette dénonciation -ou approbation- rapide, circoncise et incisive.

Du mois de mai 68 à la chute du communisme, de la conviction aux désillusions, la façon dont la chanson s’est appropriée les événements reste symptomatique de l’évolution de la vision du monde entre 1966 et 1991. Elle fut véritablement représentation historique.

L’artiste chanteur ne peut s’empêcher d’émettre, non pas un jugement, mais un point de vue. Si celui-ci était souvent engagé politiquement au début de notre période, il adopte le ton de la neutralité et parfois de l’engagement humanitaire. Se retrouvent, dans ses créations, la modification et l’évolution de son rapport au monde.

Monde, monde pauvre monde ", s’exclame Maxime Le Forestier sachant pertinemment que le chanteur ne peut être qu’un simple témoin de ses événements.

Aussi la chanson a essayé de se faire, souvent bien malgré elle, influente de 1966 à 1991, et, à trop vouloir dénoncer les faits et gestes des grands de ce monde, s’est parfois rendue compte du fossé qu’il pouvait y avoir entre les couplets et la réalité.

Pourtant, elle continue d’effrayer lorsque la situation internationale se tend.

Durant la guerre du golfe, une liste de chansons bannie de toute diffusion, avait été dressée pour trop " grande référence au contexte international ".

De Pauline Esther, dans son " Monde est fou ", à " Caïd Ali " d’Art Mengo, que d’aucuns considérèrent à l’époque comme une chanson belliqueuse et pro-irakienne, des programmateurs radios vont voir le mal partout, interdisant les couplets respirant le bonheur.

"Les évènements du monde, ce sont des choses sérieuses", semblent dire les autorités compétentes à une chanson devenue Petit Prince.

Malgré cela, elle a continué à montrer ses révoltes, politiques puis humanitaires au cours des années quatre-vingt dix

Venant confirmer les dires de Gilles Vigneault, comparant la chanson à un miroir de poche, elle s’est faite le reflet de l’histoire du monde, de la perception de cette histoire au moment où celle-ci se déroulait.

Au début des années quatre-vingt dix, avec la fin de la guerre froide, la chanson perd une raison de se pencher sur le monde.

Jean Louis Aubert metaphorise cette situation avec " Voilà c’est fini " 73:

Voilà c’est fini

On a tant ressassé

Les mêmes théories

On a tellement tiré

Chacun de notre côté que voilà c’est fini "

A nouveau grâce à de nouvelles influences venues des Etats-Unis, la chanson évolue. Le rap transforme la chanson comme l’avait fait, en son temps, la Protest Song.

Aux événements du monde, une partie de la chanson des années quatre-vingt dix substitue les faits de société. Apparaissent alors les angoisses du quotidien.

Toujours fidèle à sa fonction révélatrice, elle se fait représentative d’une jeunesse pour laquelle les problèmes du monde sont bien moins importants que le chômage et autres misères sociales. Face à cette chanson des " banlieues ", terme on ne peut plus péjoratif, qui se préoccupe davantage des problèmes des quartiers que de ceux du monde, Mc Solaar, l’un des premiers représentants du rap français, remarque très justement dans " A dix de mes disciples " :

L’esprit de 68 aujourd’hui se dissipe[…]

La chanson engagée laisse place à la variété "74

Néanmoins le rap sait, parfois, s’inspirer des événements du monde.

Ainsi le groupe NTM s’approprie la guerre en Yougoslavie dans " Plus rien ne va ":

" Au menu viande saignante dans le téléviseur, pas d’erreur

Un peu comme un remake de Rambo 2 en live et en couleurs

A la différence près qu’aucun des croates n’est acteur

La guerre à domicile, la peur et la famine

La Terre en ce moment n’a vraiment pas bonne mine "75

Même après la chute du communisme, la chanson trouve à parler du monde. "Influencée", elle continue de l’être, fortement.

Images de la mondialisation et de ses méfaits avec " La faute à personne " de Gilbert Laffaille, ou celles du "Kosovo " de Georges Chelon : 

Et des gens qui ne demandent rien à personne

Meurent sans pour autant que l’OTAN s’en étonne "

Rapides exemples pour démontrer que, si le début des années quatre-vingt marque une moindre représentation des événements du monde dans la chanson, les références sont encore bien présentes jusqu’à aujourd’hui.

Après la chanson sentimentale, la rigolarde et l’insouciante, le milieu des années soixante a bien constitué un tournant majeur qui continue d’influer sur ses sources d’inspiration.76

La chanson française s’est tournée vers le monde pour ne plus le quitter.

Qu’elle puisse nous le dire encore longtemps….